Adel Shams el-Din

Le rythme est au centre de la vie. On parlera ainsi des rythmes biologiques, comme de celui du cœur, des rythmes de la nature, tel celui du retour périodique des saisons ou, dans d’autres domaines artistiques que celui de la musique, du rythme d’un poème ou d’une œuvre graphique. Le rythme musical est cependant d’une autre nature. Il fait appel à plusieurs composantes : la durée (tempo, mesure), l’intensité (variations du volume sonore), le timbre (couleur du son) et la hauteur (accord de la membrane percutée). La combinaison de tous ces éléments crée le charme et la richesse de la percussion.

Adel Shams el-Din est passé maître dans cet art et l’on appréciera la variété de sa palette sonore, notamment sur le riqq, sur lequel il semble capable de faire résonner tour à tour chacune des dix paires de cymbalettes métalliques qui entourent l’instrument.

Adel Shams el-Din a appris son art de manière traditionnelle, tout d’abord en vivant dans une famille de mélomanes d’Alexandrie, où d’ailleurs personne ne songeait à faire de la musique sa profession. Lui-même suit des études d’ingénieur à l’Université, jusqu’au jour où il rencontre Fathi Guened, musicologue et compositeur de talent, qui l’initie à l’art de la darabukka. Il poursuit alors ses études à la Faculté, tout en travaillant assidûment les cycles rythmiques, souvent asymétriques, de la musique traditionnelle du Machreq. Sa formation scientifique l’aide à en analyser les formules, mais c’est en observant attentivement Samir Benyamin, le percussionniste d’un orchestre d’opérettes, qu’il commence l’apprentissage du riqq, petit tambour sur cadre doté de cymbalettes. Il rejoint alors l’orchestre de la Radio d’Alexandrie ainsi que divers groupes de musique traditionnelle.
Il entre ensuite peu à peu dans la vie musicale professionnelle, puis part pour l’Angleterre, avant de s’installer à Paris. Très rapidement engagé à El Djazaïr, le fameux cabaret oriental de la rue de la Huchette, il découvre les rythmes des autres pays arabes. Il multiplie ensuite les expériences musicales, jouant longuement au sein de l’ensemble al-Kindî, qui accompagne les plus grands solistes de l’Orient arabe. Il a également accompagné de très nombreux artistes du Moyen-Orient, ne dédaignant pas non plus les musiques de « fusion » ou la musique ancienne eurupéenne.

Depuis son arrivée en France, en 1980, il a su faire découvrir au public européen, par l’enseignement, les concerts et l’enregistrement de nombreux CD, la richesse et la subtilité des rythmes et des instruments de percussion orientaux, jusque là largement ignorés.