Zarsanga

Depuis que cette ancienne bergère nomade koochi fut découverte, lors d’une fête de mariage, par un joueur de banjo qui l’emmena chanter à Radio Peshawar, Zarsanga est devenue la gardienne des formes populaires du répertoire pashtou. Près de quarante années de carrière nationale et internationale ne semblent pas avoir eu d’effet sur le naturel de son chant. La simplicité de son attitude contraste avec l’amplitude de son expression. La petite bergère est devenue la reine des chanteuses populaires pashtounes sans perdre une once de sincérité.

Il est des peuples dont le seul nom suffit à évoquer fierté, indépendance et âpreté au combat. Le peuple pashtou est de ceux-là. Des données qui semblent tout naturellement tracer le caractère de ces millions d’habitants répartis au nord-ouest du Pakistan et au sud-est de l’Afghanistan…

Dans cette zone, Peshawar, la capitale, est resté un centre multi-ethnique animé, célèbre pour ses bazars au charme magique. Là, musique et poésie n’ont jamais cessé de résonner. Dans un des faubourgs populaires de la ville, réside une des déesses du chant pashtou, Zarsanga. Ce petit bout de femme frêle, reine de Radio Peshawar, porte bien le gracieux surnom, « rameau d’or », qu’elle s’est vu attribuer enfant : de sa voix sublime, âpre et puissante, elle fait plier les hommes d’admiration, sans rompre avec la tradition musicale pashtou, proche des ragas indiens. Noble d’allure, véritable « gypsie » à la peau sombre, elle chante la lune, la beauté de la nature, l’amour, mais aussi les épopées guerrières qui marquent l’histoire mythique de son peuple. De son chant, dénué de tout artifice, se dégage une force et une émotion peu communes » (Jacqueline Magnier).

Comme à chaque fois qu’elle se produit hors de son sol natal, elle veut avant tout transmettre un peu de la lumière de son pays. Pour les pashtous, elle est un trésor communautaire qui tutoie le cœur d’au moins trois générations. Elle est celle qui maintient en vie leurs souvenirs de jeunesse et fait rejaillir, par la seule justesse de ses intonations, les contours et les formes des paysages brouillés par l’exil.