Cette formule assez intimiste donne à voir et à entendre, avec la grâce et la douceur incomparables de la danse baroque, des airs à danser d’Opéras célèbres d’Henry Purcell. Le génie de ce compositeur à l’existence si brève s’exprime aussi dans sa musique de chambre, particulièrement dans ses sonates à trois parties, où il révèle une maîtrise incontestable de l’art du contrepoint dans toutes ses finesses. C’est pour exécuter ces magnifiques exemples de musique anglaise qu’Annabelle Blanc, tout en gardant son costume de danse, s’assied au clavecin.
Les flûtes d’amour, flûtes de voix ou ténors en ré nous guident dans ce programme de sonates en trio et de suites, à travers cette période où tout change, les critères esthétiques comme les formes. Avec l’apparition du courant de l’Empfindsamkeit, nous sentirons comment les modifications de climat et de sentiment au cours d’un même morceau s’accompagnent de riches surprises mélodiques et harmoniques. L’éloquence de cette musique fut ressentie comme un choc par les contemporains, qui pour la plupart estimaient qu’elle ne pouvait être l’apanage que du répertoire vocal. En résumé, citons Carl Philipp Emmanuel Bach : « La musique ne doit pas remplir l’oreille, mais mettre le cœur en mouvement »
Musiques de Telemann, JS Bach, CPE Bach, Stamitz et Haydn.
Extraits audio :
Musiciens : Luis Beduschi, Magali Imbert à la flûte, Patrick Langot au violoncelle.
JS et CPE BACH : Sonates pour flûte et clavecin obligé.
JS et CPE BACH : Sonates en trio pour deux flûtes et basse continue.
Deux des plus illustres représentants de la famille Bach, le père et son deuxième fils, ont apporté à la musique de chambre une contribution de tout premier plan. Ils ont beaucoup échangé et partagé, l’un ayant été le premier professeur de l’autre, le fils ayant été l’assistant et collaborateur de son père pour jouer, écrire et préparer les matériels d’exécution de ses œuvres.
Il était naturel de mettre en regard certaines de leurs plus belles sonates, en jouant sur la coutume très répandue à l’époque baroque de transformer une sonate en trio, pour deux dessus et basse continue, en une version en duo, où la partie d’un des instruments mélodiques passe à la main droite du clavecin.
Une rencontre inattendue entre la musique baroque, le slam et la danse, imaginée à partir de 2 cantates :
« Silence ! Ecoutez ! » de J.S. Bach
« Le Café » de Nicolas Bernier
Remarquables « odes au café », ces 2 oeuvres évoquent avec emphase et humour, les plaisirs liés à ce breuvage.
Dans la cantate de Bach, le plaisir allant jusqu’à la passion, il mène la jeune fille vers son émancipation…
La danse et le slam s’approprient cette parole venue du XVIIIe siècle et la transposent dans un langage poétique et moderne. Petit à petit, la « prise de liberté » de la parole et du mouvement ouvre un espace d’expression aux préoccupations et interrogations des jeunes filles de notre temps. Et c’est autour d’une dégustation de café
que se déroule cette surprenante rencontre pour mêler les plaisirs auditifs, visuels et gustatifs...
« Dans un manuscrit, il est rare que la marge reste complètement vide. » En particulier au Moyen Age, « la marge est la grande tentation du scribe ou du peintre. Elle flatte son désir d’évasion et de liberté. Elle en appelle à son imagination et à ses dons individuels de création, à son sens du jeu… elle donne à tous les acteurs du livre (scribe, peintre, lecteur), un terrain où vagabonder sans entraves…. » Jean-Claude Schmitt, « Le Moyen Age en lumière ». De la même façon, face à un texte musical, nous rêvons, imaginons, nous faisons des commentaires et enrichissons telle mélodie d’un ornement ou d’une partie de percussions savamment improvisée. Ce programme rend hommage aux musiciens du trecento italien et à leur sens extraordinaire de la ligne mélodique. Le sens du sacré, si développé à cette époque, s’y retrouve dans les pièces de musique religieuse comme dans les pièces profanes.
Musiques de Lorenzo da Firenze, Jacopo da Bologna, Francesco Landini, anonymes.
Ce programme nous invite à une rencontre entre les répertoires français et italien du XIVe siècle et les rythmiques orientales, donnant ainsi un relief extraordinaire aux ballades, rondeaux et estampies. Il nous rappelle que les musiciens de ce temps étaient de grands voyageurs et que les princes d’Occident favorisaient la coexistence et le mélange des cultures chrétiennes, juives et arabes.
Musiques de Machaut, Landini, Donato da Firenze et estampies anonymes.
Extraits audio :
Ce programme a été présenté pour la première fois lors d’une semaine de conférences, de réflexions et de discussions sur l’utopie, à Arbogast, en Autriche, avec la collaboration technique de Manfred Eicher, directeur artistique d’ECM.
Garth Knox, au pays de l’utopie, réussit, lors de moments d’une qualité musicale exceptionnelle, à mêler les sons de la flûte baroque et médiévale et ceux de l’alto, la vièle ou la viole d’amour, au point de toucher chez l’auditeur les cordes les plus sensibles, comme pourrait le faire une voix humaine. La puissance émotionnelle de ces pièces, alliée à une grande virtuosité, en font de surcroît un répertoire de choix pour les musiciens d’aujourd’hui.
Extraits audio :
Louis-Michel Marion, contrebasse
Françoise Toullec, piano
Norbert Lucarain, batterie
Magali Imbert, flûte à bec
Jean-Marie Puissant, voix
Mimi Lorenzini, guitare-composition-direction
Steve Potts, saxophone (alto/soprano)
Vincent Daoud, saxophone (tenor/soprano)
Jean-Luc Debattice, comédien
Sabine Boukobza, comédienne
En collaboration avec les élèves du conservatoire de Troyes (au nombre de 20), et de la Maison du Boulanger.
Sur des poèmes de Mahmoud Darwich et des musiques originales de Mimi/Marius Lorenzini.
A l’origine de cette proposition : les poèmes choisis dans “La terre nous est étroite et autres poèmes”, anthologie éditée en 2000 chez Gallimard. “Opus pour un autre temps” est un itinéraire mixte, qui met en résonance seize poèmes de Mahmoud Darwich.
L’auteur, par l’universalité des textes, apporte un éclairage essentiel sur l’histoire et la condition des Palestiniens depuis 1948. Mahmoud Darwich nous met en présence d’une oeuvre d’une musicalité et d’une force exceptionnelles. C’est cette source d’inspiration inépuisable, qui offre à Mimi Lorenzini l’opportunité de proposer un parcours musique / poésie.
En tenant compte de plusieurs des courants actuels de la création artistique, c’est entre “écriture et improvisation” que se construit le programme musical. La musique est interprétée en alternance avec les poèmes, ou accompagnant les textes choisis (et donnés dans leur traduction française à l’auditoire dans leur ordre chronologique d’écriture) par Jean-Luc Debattice et Sabine Boukobza.
Ce projet privilégie le jeu de l’improvisation entre musiciens et comédiens, donnant naissance à un univers sonore universel. Ainsi, pas moins de vingt musiciens occupent la scène et donnent la couleur sonore de seize poèmes de Mahmoud Darwich, Palestinien de Ramallah, chef de file de la poésie arabe contemporaine. Les comédiens, Sabine Boukobza et Jean-Luc Debattice, calés au beau milieu des musiciens, portent les textes comme des étendards, toujours d’une voix ferme, bien campée dans le monde de Mahmoud Darwich, avec la teinte réussie de l’émotion.
Extraits audio :
Ce concert a été conçu autour de la pièce de Kaija Saariaho, « Vent nocturne », pour alto et électronique, créée à Amsterdam en 2006 par Garth Knox. Explorant l’idée du vent dans la musique, imaginons un moment musical traversé par des poèmes et par des musiques venant tour à tour des quatre directions. Vent de l’Ouest, avec l’Irlande et la Bretagne, Vent du Nord, avec la Norvège, Vents du Sud, avec la Sicile et l’Italie de Berio, et Vent de l’Est avec la Roumanie de Zamfir.
Garth Knox vièle, alto et viole d’amour
Magali Imbert flûtes
The wind is wild tonight
It tosses the sea’s white hair
I have no fear tis the calm water
That brings the sharp men from the north
Le vent est sauvage ce soir
Il fait sauter les tresses blanches de la mer
Je n’ai pas peur car je sais
Que le Viking ne viendra pas ce soir
Extraits audio :
Des voix de femmes, de poètes, parviennent jusqu’à nous. De loin.
Du Pakistan, où vit Zarsanga, la porte-parole du peuple pashtou, où les femmes, dans le secret des espaces intérieurs, élaborent un chant et une poésie d’une beauté fulgurante.
Du XIIe siècle, en Occitanie, dont Magali Imbert a patiemment recueilli l’héritage culturel. Par chance, il nous reste quelques poésies mises en musique par les trobairitz, ces femmes-troubadours à l’origine d’un chant d’amour bouleversant.
Une rencontre musicale hors du temps entre l’Orient et l’Occident, entre des femmes et des hommes inspirés par les mêmes émotions, parfois par les mêmes mots d’amour.
Là où les cultures traditionnelles, baroques et contemporaines s’effleurent, se croisent…
L’ensemble Galata est né de la rencontre entre deux personnalités issues de deux mondes qui, par des aspects bien plus larges que ceux de la musique, se sont autrefois côtoyés : l’Orient et l’Occident. Là où la recherche d’une certaine authenticité rejoint une démarche naturelle et instinctivement musicale, dans une société où les cultures se rapprochent inéluctablement, Magali Imbert et Adel Shams El Din associent la flûte occidentale et les percussions orientales, renouant ainsi avec une tradition datant du Moyen Age.
Pour ce concert-lecture, ils ont invité Pierre Rigopoulos, percussionniste polyvalent, et Jean-Luc Debattice, comédien, auteur-compositeur, qui va donner , de sa voix richement timbrée et mélodieuse, des extraits du livre le plus célèbre de la fin du Moyen Age : La Nef des Fous.
Merveilleusement illustrés par le jeune Dürer, les 113 poèmes du recueil sont une satyre décapante de tous les représentants de la société. Revêtant lui-même le costume du Fou, Sébastien Brant, l’auteur, dénonce et fustige avec humour, chez tous, hommes, femmes, enfants, pauvres et riches, artistes, géographes, ecclésiastiques, universitaires… les ruses, méchancetés, faiblesses et travers de toutes sortes. Il se présente ainsi :
Je mène la danse des fous
Car tout autour de moi
J’accumule des livres
Que je ne comprends pas
Et jamais je ne lis.
Si le Fou, rebelle, proclame que Dieu n’existe pas, les musiciens, eux, n’existent que dans la louange à Dieu, à l’amour, au mouvement, à la vie. En contrepoint à l’ironie et à la verve de Sébastien Brant, se développent les merveilleuses lignes mélodiques des musiciens du trecento italien, la douceur et l’élégance des mélodies françaises, ainsi que la franche gaieté des Cantigas de Santa Maria.
Le monde est dans le noir,
et va tête baissée
tout droit dans le péché.
Les rues grouillent de fous
Qui battent la campagne,
Mais nul ne reconnaît
Qu’il mérite ce nom.
C’est pourquoi en ce jour
Je cherche à équiper
Toute une armée navale
Pour les embarquer tous:
Galère et chalutier,
Trirème, cotre et yole,
Cargo, chaland, pinasse,
Mahonne et galéasse,
Où j’ajoute carrioles,
Voitures et traîneaux,
Carosse et diligence,
Car une seule nef
Ne suffirait jamais
À les entasser tous,
Tant sont nombreux les fous.
Lecture-spectacle
Choix des textes, lecture et chants : Jean-Luc Debattice
Avec : Magali Imbert, flûtes
Sébastien Clément, percussions
Issus des traditions orales de divers peuples amérindiens, du nord au sud du continent, ces contes, poèmes et chants mettent en scène les animaux dialoguant entre eux ou avec l'espèce humaine. Ils déjouent les ruses du chasseur, ils sont les intercesseurs auprès des dieux, expliquent les origines du monde et de la vie sur terre à travers les mythes et les légendes. A ces animaux, il arrive toutes sortes d'aventures qui, par la bouche des conteurs, les plongent dans des situations incroyables pour leur gloire ou leur déconvenue. Il y a surtout chez les Indiens une véritable jubilation à raconter des histoires où se révèlent une grande finesse d'observation, la sagesse de leur philosophie et un sens inné du burlesque. Avec, en vedette, le personnage de Coyote, on verra que les soirées sous le tipi ne devaient pas être tristes.
Un sort particulier sera réservé au bison et au cheval qui concluront la lecture. D'abord parce que le bison, chez les Indiens des Plaines, est l'animal par excellence dans son utilité et sa noblesse : sa chair nourrit, sa peau habille, ses nerfs tendent les arcs et de sa corne on sculpte le calumet, symbole de la méditation et de la paix. Mais il a emprunté le masque de la colère quand les troupeaux furent presque entièrement exterminés par les chasseurs blancs lors de l'avancée du chemin de fer dans les territoires. Ensuite, le cheval, apparu tardivement dans la mythologie indienne, illustre la beauté et l'orgueil d'un peuple, son courage dans la résistance ; c'est le fer de lance de la lutte et l'espoir de survie.
Enfin, la musique, au son des flûtes et des tambours, par les rythmes et les chants, évoquera, à travers une tentative de ré-interprétation de notre part, les danses de cérémonies sur des modes répétitifs.
Cette tradition orale et l'apport musical constituent pour nous le témoignage vivant des peuples d'Amérique décimés par les colons, lesquels achevèrent de les rendre impuissants en les parquant, ainsi que des bestiaux, dans des réserves ; ils offrent en outre l'occasion au public d'explorer d'autres pistes que celles, balisées, qui conduisent à la représentation et aux valeurs de notre propre monde.